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Un dimanche à Gallipoli

Histoire de pancarte

Je ne l’ai pas entendue venir sur ma gauche. Je ne m’en méfiais pas.

Claude lance le sprint pour gagner la pancarte de Santa Barbara. Bled perdu à 25 km de Gallipoli.

30. Chiffre indiqué sur le thermomètre en fin de matinée.

30. Mètres qui la séparent de sa première victoire.

3. Le nombre de secondes avant que tout s’écrase.

Debout sur ses pédales, vélo dansant de droite à gauche, elle vide ses dernières énergies pour assurer sa victoire. Je suis derrière et ne peux que constater… le dégât!

Un chien errant sort devant sa roue.

À plus de 50 km/h, elle l’évite en réussissant à passer entre deux voitures roulant à sens inverse frôlant leurs miroirs de ses sacoches. Sa dernière manœuvre ? Sauter la chaîne de trottoir. Malheureusement, son pied droit ne se désengage pas de la pédale, elle frappe la bordure du trottoir.

L’atterrissage n’est qu’un bruit de quincaillerie frappant le sol et le son sourd d’un os qui se casse.

Encore une fois, c’est moi qui gagne le sprint. 15-0.

Maintenant, la vraie histoire de la fracture de la clavicule de Claude.

Presque qu’à l’arrêt, au moment de faire un demi-tour, Claude chute lourdement sur son épaule gauche.

L’évidence d’une clavicule poussant pour sortie de son épaule suggère immédiatement l’urgence de trouver un hôpital.

En guerrière, Claude remonte sur sa bicyclette, par des chemins de campagne troués et crevassés où les champs asséchés de leurs pierres laissent, comme chiendents, des oliviers, pour aller, 7 km plus loin, à l’ospedale San Giuseppe – Sambiasi, centre de santé le plus près.

Assise dans la salle de consultation, deux infirmer lui explique qu’elle doit se rendre dans un autre l’ospedale où un médecin, orthopédiste, pour la traiter.

Nous sommes tous là, derrière l’ambulance, 2 infirmiers, 2 ambulanciers et moi. Nous cherchons à trouver la meilleure solution pour embarquer le vélo, les bagages et, s’il reste de la place, Claude pour le voyage vers l’hôpital de Gallipoli. Moi, j’irai la rejoindre à vélo.

Les trois mêmes pensées me reviennent en boucle pendant mon trajet. Claude. Souffre-t-elle beaucoup? Est-ce assez grave pour une intervention chirurgicale? L’hôtel pour la nuit sera-t-il l’ospedale ?

C’est un chœur italien qui résonne dans la salle d’attente en orthopédie de l’ospedale Sacro Cuore di Gesù de Gallipoli.

Je m’émerveillais à écouter les différentes partitions simultanées des dizaines de patients. Claude ressentait plutôt les pulsations de son cœur percuter sa clavicule.

Verdict officiel: clavicola fratturata

Trois inquiétudes viennent spontanément à l’esprit de Claude.

Comment réorganiser le voyage ? Comment elle réussira à se vêtir, se coiffer ? Devra-t-elle, jusqu’à la fin du voyage, ne plus porter de soutien-gorge ?

Mes réponses furent : Nous terminerons le voyage en train et entreposerons les vélos. Je t’habillerai et te coifferai tous les jours aussi longtemps que nécessaire. Et la réponse à la troisième inquiétude fut très spontanée. 

Claude, en Italie, la moitié de la population ne porte pas de soutien-gorge dans les rues et, de cette moitié, je ne compte même pas les femmes.

Je crois que mes réponses ont su apaiser toutes ses inquiétudes.

Nous voilà sur le chemin de l’hôtel, cavalier solitaire défiant le soleil couchant. Nous rentrons à notre hôtel.

Vu au bout de ma potence!

Les deux ambulanciers et leur bonhommie.

L’accueil des cinq nonna qui voulaient tellement nous aider à nous trouver dans l’hôpital.

Le personnel et l’ensemble des installations du Corte Palmieri hôtel.

La bouteille de Primitivo.

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