Les perles de Gallipoli

La porte-fenêtre de la chambre flotte au-dessus de la petite ruelle adjacente à hôtel où, en diagonale, les chaises et la table de la cuisine d’été d’une famille italienne partagent la place avec celles de la terrasse de l’hôtel.

Bien que les portes de la fenêtre soient vieilles et lourdes, ce n’est pas la raison qui m’a décidé à les laisser ouvertes pendant la convalescence de Claude.

Je devine déjà, à la musicalité de la ruelle en ce début d’après-midi, que je serais un spectateur privilégié pour assister à l’opéra qui s’écrirait en continu pendant tout mon séjour.

Ces quatre jours deviendront une fenêtre ouverte sur le monde de Gallipoli.

La perle bleue

Plage de Gallipoli

Elle berce les contours de la ville pour y déposer un sable fin. Se laisse admirer dès les contreforts du château angevin et brûle au soleil avant de l’éteindre en début de soirée, et ce, depuis des siècles.

Elle récompense ceux ayant prié la vierge au Santuario di Santa Maria del Canneto ou aux pieds d’un des 12 autels de la Cattedrale di Sant’Agata pour remplir leur fier bateau de poissons. Et comme dernières offrantes à Marie, les pêcheurs les exposent, chaque matin, à la grande joie des bedeaux et des restaurateurs.

Étal de poissons

Ce qu’elle fait encore de mieux!

Chatouiller les orteils de ma blonde chaque fin d’après-midi comme une pommade sur sa blessure.

La perle de vent

Le rideau flotte en permanence sur le dessus du fauteuil de la chambre.

Ce même vent amène, dans l’enceinte de Gallipoli, une fraîcheur qui passe entre les ruelles solidement attachées aux murs soutenant les bâtiments de la vieille ville pour fuir ensuite vers les voiliers étendus sur la mer.

Avant de prendre le large, il dépose de petits soufflets sur la fontaine grecque pour lui soutirer encore quelques grains de sa pierre qui ne cesse de prendre des siècles.

Parfois, par jeu, le vent gonfle les joues et égratigne les autres structures. Rien n’est vraiment visible tellement la patine de la pierre accélère son départ hors de murs.

Au moment où les lanternes des rues s’allument et les ombres des églises se fixent et éclaircissent le ciel, la ville lui laisse toute la place pour vagabonder.

Je rêve que vous soyez là.

La perle musicale

Camionnette de Giovanni

La vie des ruelles de la vieille ville de Gallipoli est, jour après jour, le théâtre d’un opéra en 3 actes.

Le premier acte s’ouvre tôt en matinée avec le ténor Giovanni dans sa camionnette Paggio remplie de fruits et de légumes. L’allegro de son solo escalade les pierres pour se rendre aux fenêtres des maisons des sopranos. La voix puissante de Giovanni couvre tous les bruits de la ruelle, même celui du moteur de sa Paggio.

Immédiatement, les sopranos, de leur balcon, répondent en chœur le même refrain.

Cet acte est répété de ruelle en ruelle jusqu’au dernier écho entendu.

Le deuxième acte tend vers un tempo adagio qui s’harmonise parfaitement avec la fin de l’après-midi. Lentement, les terrasses s’emplissent. Chaque personne ajoute alors sa voix à la douce mélodie de l’apéro et des verres qui s’entrechoquent. Je suis comme Juliette à mon balcon écoutant mon Roméo.

L’entracte entre le 2e et le 3e acte est nécessaire pour assurer la présence de tous les musiciens.

Vers 22 heures, le 3e acte débute. Ce sont des prières, des chants et une fanfare qui accompagnent la procession à la vierge Marie dans les ruelles de la vieille ville. Les citoyens comme les visiteurs suivent le cortège jusqu’à la grande finale, les feux d’artifice.

Ensuite! Un soupir. Le temps que tous retournent à leur terrasse se raconter l’opéra de la soirée.

Pour moi, c’est l’heure d’aller au lit si je veux me lever demain matin avant Giovanni.

Fontaine grecque

Vu au bout de ma potence!

Le bord de mer.

Le coucher de soleil de la terrasse sur le toit de l’hôtel.

L’activité dans les rues.

La procession.

La fontaine grecque.

Le Primitivo.

 

Demain, Matera.

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