
7 heures.
Je traverse les rues menant au Giardini di Piazza Umbero 1, valises de vélo visées aux mains. Le son des coups de balai réveille les premiers marcheurs et les monticules de déchets à l’agonie sur les pavés.
La gloire du matin s’assombrit par des aires de saleté. Tout semble bien triste quand Bari est belle comme un accident de voiture.
Quelques enjambées plus loin, comme sous l’effet d’un élixir, la ville, à l’image de Mister Love, se transforme. Passant d’une carrosserie désavantageuse et à des courbes séductrices.
Toute la lumière du monde se lève et s’ouvre pour la voir comme si la voiture serait flambant neuve.
Bari en code morse

Batteur de poulpes
Bari a cette particularité de produire des sons. Répétitifs, souvent agréables, dans certains endroits que j’ai aimé visiter.
À l’approche des quais du vieux port, il y a ce son qui résonne comme un claquement, un code morse. Un grand coup, fort, suivi de plusieurs petits coups.
En ce dimanche matin, le port est chargé de bateaux au repos, de pêcheurs chantant, souriant se tordant le cou pour mieux s’entendre rire devant les cueilleurs de fruits de mer.
Je me mêle à eux. Quittant le Lungomare, je serpente entre les étals et les bouteilles vides sur les pavés fraîchement lavés pour m’approcher des percussions sonores.
Les étals se retrouvent au marché de poissons ou sur un simple carré de pierre bordant la mer. Ils sont plusieurs à tambouriner le code morse.
Ce n’est pas nécessairement celui frappant le plus fort qui vend le plus. Il y a un jeu qui s’installe entre le vendeur et l’acheteur.
Le premier présente son approche artistique. Plus l’étal est grand, plus les percussions et le spectacle sont grands. Quant au 2e, il tente la feinte de l’ignorance, mais se perd à ignorer qu’il ignore et il finit par faiblir et applaudir le spectacle.
Le soleil approche midi. Les bières des pêcheurs sont maintenant tous vides, les bottes rangées, les filets enroulés sur les barques, les étals vides et le dernier son, un grand coup suivi de petits, produits par une spatule de bois frappant sur des poulpes, cesse.
Revoilà le son de la mer.
Symphonie dans Bari

Au milieu du quartier du Murat, où des volutes de gaieté entourent les édifices du XIXe siècle aux pieds décorés de boutiques, je peux entendre les premières notes de la symphonie nocturne de Bari.
L’auteur de cette musique m’est inconnu, mais tous les Baresi connaissent l’air.
Ils s’y réunissent et endossent le double rôle de producteur, le jour, et d’acteur le soir pour recréer cette symphonie chaque week-end.
Étant presque l’unique spectateur qui se déroule sur la scène de la rue de la Murat, j’assiste à ce spectacle. Ils sont des milliers de Baresi à jouer cette symphonie, plus forte, plus puissante, plus la soirée se gonfle de noirceur.
C’est un hymne à la vie.
La salle de spectacle n’ayant pas de balcon, ce sont des billets pour des places sur les terrasses ou le parterre qui sont offertes. Je préfère les parterres, différents d’un carré de damier à l’autre.
Le son est fort. Le son est agréable.
La plus grande soirée, samedi. Les places sont rares, mais il y a toujours des billets disponibles. La représentation du dimanche est tout aussi impressionnante. Je devine les édifices sourire aux danses et chants des enfants et de leurs familles.
Il n’y a jamais de répétition. Juste une population fière de leur ville.
S’enrouler dans le silence

Basilique Saint Sabin
La clientèle, enrichie d’orecchiette al ragù con carne, d’un panzerotti ou d’un panino del Polpo, sort de la grande messe de Mastro Ciccio pour aller se confesser.
Après des aspirations, la spirale commence aux sons des chants pastoraux de la Basilicale Pontificia di San Nicola et des derniers klaxons freinés par le teatro Margherita pour entrer dans le labyrinthe du quartier Bari Vecchia.
Les ruelles étroites et sinueuses, conçues pour compliquer l’entrée des soldats ennemis à l’intérieur des murs, mais aussi pour l’entrée d’un autre ennemi, le bruit de la ville.
L’ombre des colonnes grecques indique la direction vers les petites ruelles et impasses étroites pour aller à la rencontre des habitants et de leurs familles.
Presque toujours silencieuses, habillées de robes fleuries cachées d’un tablier, elles fabriquent, de leurs doigts assis dans leur paume, un léger crépitement en frottant, glissant et en enroulant la pâte fraîche d’orecchiette.
Le tintement des cloches de la Cattedrale di San Sabino San brise soudainement le silence et me rappelle que je dois aller me préparer pour la symphonie nocturne de ce soir.
Demain, dernière étape du voyage, Rome.
Vu au bout de ma potence!
Les orechiette de chez Mastro Ciccio.
La promenade le long de la mer.
Faire les boutiques sur les rues piétonnières.
Le Primitivo.
