
Ne pouvant tirer sur la corde du vent qui s’amuse, depuis notre arrivée, à façonner la mer en montagne, à éloigner la distance de notre hôtel à chaque retour de nos sorties, nous avons donc décidé d’aller visiter Matanzas.
Mais avant, l’envie d’un café sur une terrasse au bout de la péninsule était puissante, comme le vent. Un effort matinal en espérant un retour paisible vers l’hôtel, mains dans les poches, comme sur un tapis volant.

À notre arrivée à l’hôtel, chacun a tiré son corps à la verticale pour effacer les courbatures du retour. Toujours ce vent, cet insomniaque, qui, en nous poussant dans le dos, faisaient chanter nos pneus au-delà des 45 km/h et posa progressivement sa chape de plomb sur nos jambes.
La montée de l’escalier vers nos chambres était encore souffrante.
Les préparatifs du départ vers Matanzas a rencontré que peu de vent de face. Certains repas peuvent parfois être d’une routine quelconque. D’autres d’un ennui pastoral ou d’une folie pascale. Celui avant notre départ pour Matanzas allait plutôt être un parfait exemple d’une organisation onusienne.
Une valse à 3 temps.
Négocier le meilleur prix pour les taxis.
Amasser la somme requise.
Partir à 13 h 30.
Trois taxis jaunes stationnés devant l’hôtel perlent d’impatience.
Lunettes de soleil sur leur nez, cheveux gominés, bracelet et chaîne en or, téléphone portable à la main, accessoires du chauffeur de taxi cubain. Pantalons longs unis, chemise à motifs fleuris et souliers vernis, semblant de code vestimentaire.
Ces personnages conviennent admirablement au cosmétique et l’esthétisme de trois taxis de fabrication chinoise.
Nous embarquons.

Les moteurs rugissent à peine que rapidement un confort s’installe dans l’auto et les discussions en trois langues s’entremêlent à la musique cubaine capitonnant ainsi tout l’intérieur de la voiture.
Notre chauffeur tient, de sa main droite, le bas du volant où le gainage de cuir dessine parfaitement sa paume. La main gauche, un support pour son cellulaire. Les textos entrent sans arrêt ce qui ne l’empêche pas de suivre notre conversation, d’indiquer les plus belles filles croisées sur la route, klaxonner, nous parler de sa famille, photos à l’appui, tout en orchestrant une conduite calme et prudente.
Ses yeux sont rieurs.

Parque de la Libertad, notre point d’entrée et de sortie de Matanzas.
La Calle 85, couverte de pavés, traverse les devantures des commerces du centre-ville. Rueda Park, là où la ceiba embrasse la roue, nous y croisons badauds et vendeurs de noix. Ils s’y rejoignent pour réveiller, de leurs pas, l’écho endormi sur le parvis de la cathédrale pour entendre résonner la cloche suspendue au ceiba.


La Plaza de la Vigia s’exprime par ses édifices aux couleurs
pastel. Déjà à l’entrée de la ville, un jupon artistique dépassait
et nous montrait de jolis motifs d’arts visuels. Une fois rendu Calle 97, le jupon est disparu et c’est toute la jupe qui vole au vent et nous dévoile les sculptures posées dans le décor, devant les terrasses des restaurants.

Attablés, nous pouvons voir une vie toute en douceur danser
devant nous.

Ce sont les yeux grands ouverts, à travers les sourires de Matancera et Matancero, que j’ai l’heureux sentiment d’avoir pu partager quelques pas avec eux.

Tête @ vélo

