Colline Butternut ou la « Sunset Ride »

Ah oui ! Le travail, cette invention qui m’empêche de rouler à vélo.

L’ombre des nuages noircissait le ciel en ce mercredi matin pluvieux. Chaque heure la pluie débordait cette ouate qui nous protégeait des inclémences pour inonder un peu plus le jardin.

Un matin parfait pour faire des pizzas. Des Napolitaines.

Pendant que la pâte lève, j’entends le vent tiédir l’embrun, disperser le dernier orage pour laisser juste assez d’arpents de chaleur pour aller rouler en fin de journée, juste un peu avant le bord du crépuscule.

Assis près de l’atelier, je me prépare. 80 psi à l’avant, 82 à l’arrière.

J’ajuste mon maillot et mon cuissard à la démarcation. Je remonte les chaussettes assorties à mes souliers.

À la radio, on débat de philosophie. Le paradoxe de Zénon d’Élée !

Je pose mon « Garmin » sur la potence. Je ferme la radio et la porte derrière moi. Les lunettes accrochées au casque, je laisse le vent me suivre, bruisser dans mon dos. Il rend paisible chaque coup de pédale.

Vous ai-je dit que rouler à vélo est la seule façon de vivre longtemps ?

Il est là. Il m’attend. Tout le groupe derrière lui.

Je devine, à sa tête penchée sur son téléphone, qu’il calcule les inconnus et mathématise le parcours.

Aujourd’hui, j’ai envie de vagabonder vers la colline Butternut, dit-il. Voir le coucher de soleil sur les collines de Katevale.

Lorsqu’il est enthousiasme comme ça, je sais que nous sillonnerons un fil d’Ariane fait de sueur.

Peu après le départ, les longs faux plats descendants de la 141 se succèdent. Ils permettent à mes mécaniques, toujours un peu coincées dans les premiers kilomètres, de soutenir le rythme.

Au virage menant au chemin d’Ayer’s Cliff, je cueille, au creux de mes yeux, l’eau claire du Massawippi. Ce chemin étroit, au rivage bordé de vieux arbres, évoque un corridor apaisant, œcuménique.

L’impression de dépasser le temps nourrit la bonne humeur du groupe.

En quittant les rives du lac, nous arrivons sur le chemin de la Montagne. Le début de la montée de la colline Butternut enivre ou afflige.

Je suis de ce dernier groupe, celui qui devine la fin de son règne à la vue de la horde de pillards partant à la conquête du Saint Graal.

Je suis probablement le seul dont les poumons et les jambes saignent dans cette ascension où chaque pourcentage est comme un coup porté en plein cœur et qui fait mal.

Je ne sais si je pourrai tenir le rythme. Il faut que je laisse filer les grimpeurs et que je m’accroche à ce petit groupe de baroudeurs, comme moi.

Occasionnellement, il y a ces quelques éclats de silence. Ils rayonnent plus souvent entre les parties les plus pentues de la montée. Sinon, je n’entends que la douleur me dire d’arrêter.

Pour soulager le poids du mal, je compte les coups de pédales en attendant le plat. La sueur est toujours aussi forte. La poussière à ce même goût de feuille morte même au-dessus de la cime des arbres.

Retourner en bas!

L’idée que je tente de chasser de mon esprit. Je me convaincs à prendre mon temps, à prendre mon rythme. Je commence à envisager la vie de grimpeur autrement.

J’ai abandonné le rêve de m’envoler sans effort et je continue à traîner mon corps en haut de cette route suspendue entre le ciel et la terre.

Quelqu’un crie que je ne reverrai plus la vie comme avant. J’avais déjà le sentiment qu’elle avait changé dès le premier kilomètre de la montée.

Je tente de vider ma tête de cette souffrance. Je m’autorise à croire à l’immensité. Celle qui s’arrêtera au bout de ma vue après la fin de tous ces pentus.

Finalement, il arrive près de moi après être allé chercher les derniers du groupe dans la montée.

Il me dit, Belle montée. Bien joué.

Maintenant, le meilleur moment du « match », la descente. Viens !

En enroulant le grand plateau après avoir réussi à me percher sur le dessus de cette colline, à ressentir cette atmosphère particulière au moment où le soleil s’incline sur l’arête des heures, je me suis rappelé cette citation :

La réussite est une question de chance…
vous diront ceux qui ont échoué.

Balayer le code pour accéder au parcours Sunset Ride

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