Tant de gens aspirent au bonheur qu’ils ne savent pas quoi faire le dimanche après-midi quand il pleut.
Susan Ertz
L’été a commencé sur le bout des pieds. D’après moi, le ciel était fâché de l’arrivée de Trump à la présidence. Depuis quelques semaines, l’instabilité météorologique s’est peu à peu adoucie permettant la victoire de Pogačar sur le tour de France, l’arrivée de Mboko sur les terrains de tennis et les premières récoltes.
Ce moment est immense pour mon amoureuse et plus particulièrement depuis qu’elle jardine son potager.
L’été, bien qu’à mon âge je trouve qu’ils raccourcissent tout en brouillant mes souvenirs, mon amoureuse aime biner la terre. Celle qui produit légumes et bonheur. Je la sens pétrie de ce bonheur, heureusement, moins imparfait que ces légumes qu’elle expose dans ses petits paniers.
Ce qu’elle cueille en premier ? Légumes ou bonheur ?
Elle est douée pour le bonheur. Elle le cultive mieux que moi.
Pour ce qui est des légumes, encore là, ils sont mieux cultivés que certains politiciens.
Et il y a eu l’autre début d’été. Celui qui a commencé sur les chapeaux de roues, de vélo. Son autre petit bonheur d’été à biner sur les pédales.
Je vous ai déjà parlé de la Cavalière ? Chemin pavé de gravier que mon amoureuse enlace de son vélo chaque semaine. Chemin où s’endorment les arbres.
Chemin choisi aussi par les grabataires tout électriques qui prolifèrent sur cette piste plus trop cyclable. Grabataires qui obligent à tricoter entre eux, comme on tricote entre les rangées de chiendents plantées côte à côte pour continuer son chemin.
Je garde le silence. Je sonne ma clochette. Espérant disperser les rangées de chiendents.
Ce léger tintement contribue au bonheur de mon amoureuse, préserve le sommeil des arbres et repose mes cordes vocales.
Au retour, sur un autre chemin, la Castorerie, là où les grabataires disparaissent aussi vite que leurs compétences à conduire un vélo, sur ce chemin donc, je demande chaque fois à mon amoureuse :
Quel produit utilises-tu pour te débarrasser du chiendent ?
Poisson-pilote

Je vous ai dit que j’étais le poisson-pilote de mon amoureuse.
Non !
Attendez ! N’allez pas me comparer au poisson, au Naucrates ductor, appelé poisson-pilote !
Bien qu’il entretienne une relation symbiotique avec les requins en fournissant un service de nettoyage des dents, le poisson-pilote en cyclisme ouvre le chemin à son sprinteur pour la finale. Son travail consiste, dans les 3-4 derniers kilomètres de la course, à trouver le meilleur chemin entre tous les autres requins (sprinteurs) pour gagner la course.
Si mon amoureuse est une sprinteuse ? Non !
Elle est plutôt une cycliste de paysage.
Contrairement aux Belges complètement fous de vélo qui envahissent le bord des côtes, des buttes, des murs, mon amoureuse aime les routes, comment dire, vide de monde.
Ses escapades sont loin des grains blancs, des torrents ou du williwaw. Elle pose ses roues dans la quiétude.
Je disais que j’étais le poisson-pilote de mon amoureuse. Au contraire des pros, je suis devant pour toute la durée du parcours. J’entretiens une relation bienveillante avec elle. Je lui partage ce que je vois, ce que j’ausculte des paysages que nous traversons.
Du haut des collines, de l’adret, je témoigne des reproches de la chaleur à s’étouffer d’humidité et à trop transpirer.
Au bas, de l’ubac, je lui fais remarquer la poussière et le grisonnement que la route gravelée a vomis sur le revers des feuilles et le blanc des maisons.
Je vous disais que j’étais le poisson-pilote de mon amoureuse. Cela lui permet de bénéficier de l’aspiration. D’être protégé des vents. Même quand l’alizé provient du souffleur à feuille qu’un quidam utilise pour sécher sa voiture après un lavage.
Je doute de la stratégie !
Je vous ai dit que j’étais un poisson-pilote amoureux de son amoureuse.
Maintenant, si !

