Histoire de bar

Il parle. Il tricote des phrases. Les tricotent à l’endroit, à l’envers. Échappe des mailles. Les plus difficiles brandillent sur ses lèvres, comme une bretelle sur l’épaule. Donnant parfois un discours farfelu rempli d’idéaux et d’utopies.

Il invente le monde de brèves et toniques déclamations. Manipule ses parents, grands-parents et tous vieillards qui s’adressent à lui. Il sait leur faire comprendre qu’ils sont déjà en retard même s’ils sont en avance sur le langage.

Il nous oblige à rattraper ses phrases sachant que, malgré nos bonnes intentions, nous ne sommes pas du bon côté de l’histoire. Nous laissant dans nos illusions.

En bon psychologue, il applique le recadrage moral. Concept qui consiste à trouver de nouveaux arguments – acceptables – qui résonneront davantage auprès de ses grands-parents qu’à ses parents.

Aussitôt, une coalition hétérogène, une alliance, se forme entre lui et ses grands-parents, mais surtout avec son grand-père. Ce dernier consent librement au pouvoir autoritaire de la doxa de ce gamin.

Idéaliste efficace et réfléchi dans sa manière d’agir comme tout enfant. S’il était adulte, nous dirions qu’il est illuminé. Il nous incite plutôt à sortir de nos léthargies. De cesser de satisfaire des désirs falsifiés et d’apporter une véritable contribution à sa société.

Martin Luther King dirait :

« Le véritable idéaliste ne cède jamais à cette patience passive qui sert d’excuse à l’inaction. Il reconnait que le changement social ne se produira pas du jour au lendemain, mais il agit malgré tout comme si ce changement était possible immédiatement ».

Quand il cesse de parler et que je suis au milieu de son labyrinthe. Il me tend les bras.

Ensemble nous parlons de tout. Des diktats, du syndrome de l’autobrasserie du voisin, de Benjamin Lay, initiateur du mouvement abolitionniste au 18e siècle. Il ne comprend rien du tricot de mes phrases.

Il sourit et dit, « Viens jouer papi ! »

Quoi de plus amusant que de courir et de rire entre les tables d’un restaurant-bar avec son petit-fils ?

Histoire de bar (2)

Elles avaient cette nostalgie dans la voix. Savaient entrechoquer les mots d’aujourd’hui avec ceux d’il y a 10 ans.

« Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. C’était mieux en 2016 ! » répétait ce groupe de jeunes trentenaires évoquant le passé avec plus de tendresse que le présent.

Ce bon vieux temps ! Teinté de rose.

Elles semblent oublier qu’il y avait urgence mondiale, en 2016, avec le Zika. Que l’Europe était ciblée par les djihadistes. Les Panama Papers, le siège d’Alep, le nettoyage ethnique au Soudan du Sud, la crise des immigrants, les incendies en Alberta et l’élection de Donald Trump.  

Rétrospection rosée. Voir avec des lunettes roses !

Biais cognitif qui nous fait percevoir le passé plus positif qu’il l’était réellement.

Les experts parlent de la « bosse de la réminiscence ».

Ce mécanisme explique pourquoi les gens répètent parfois les mêmes erreurs du passé.

Leur fou rire envoûtait le présent. Elle composait un futur sur des brindilles du passé en communiant les mêmes souvenirs sans même toucher leur téléphone.

Était-ce une nouvelle tendance ou simplement ma perspective excessivement teintée de rose ?

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3 réponses à “Histoire de bar”

  1. Continue à nous bercer par tes beaux textes…toujours un agéable moment de zénitude avec un bon café le samedi matin.
    Merci de partager Hugues!

  2. Continue à nous bercer par tes beaux textes…toujours un petit moment de zénitude avec un bon café le samedi matin. Merci de partager Hugues!

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