Parlons espagnol – leçon 2
Je vous ai dit ce qui m’épuise en voyage !
Ces gens qui s’alignent en tortillant leur corps pour saisi en photo le bref moment d’émotion vécu quelques secondes avant.
Le moment où je meurs chaque fois en voyage ?
Quand l’autre personne, derrière, attend pour produire la même photo émotive du corps tortillé de celui qui l’a précédé.
Vous pouvez les voir.
Elles se surexposent en embouteillages sur les réseaux sociaux.
Manuel y Julio

De sa main, il fait signe de venir. Manuel, à ses côtés, incline la tête.
Derrière l’échelle, qui monte à la cave à vin, et sur laquelle nos vélos sont posés, notre table. Contre le mur. Seule autre table de la pièce, espacée de celle de Manuel et de Julio. Au premier « salute » nul eut besoin de se lever.
Petit cagibi d’où Manuel garde l’œil sur la salle à manger et les passants.
Seuls le serveur et « Titi » semblent autorisés à y entrer. Et nous.
Julio explique que la bière à « Sevilla » doit être légère, désaltérante. C’est la première ressource pour survivre à la chaleur de l’été.
Aujourd’hui, c’est jour d’entraînement.
Julio est militaire. L’Afghanistan, les inondations de Valence, le dernier caprice du colonel.
Manuel, propriétaire. Chacun sert à sa façon. Lui, le « cerdo » de sa grand-mère.
« En la sangre ! » La main touche le cœur.
Même Julio écoute.
« La Semana Santa », c’est le sang de « Sevilla ». C’est le sang des « Sevillanos ». Pas besoin d’être pratiquant, « En la sangre ».
Le 5e « salute » fut remplacé par l’appel de la « familia ».
Semana Santa

Le matin, le velours des trompettes spirale entre les volutes du fer forgé des balcons (reja de hierro). Les immenses rameaux vibrent.
Les oriels, embellies de rouge et d’or, guident le cortège dans les « calles » où, comme un cierge Pascal, le spectateur brule d’excitation.
« Costaleros », têtes inclinées sous le « pasos » tanguant sur le rythme des tambours, soulevant les yeux des pénitents vers le Christ.
C’est comme ça tous les matins. Un Christ défilant sous tous ses accoutrements jusqu’au soir. Dansant à la Macarena. Lévitant dans la cathédrale.
Et moi, comme les enfants, j’m’y mets à y croire…

