« Tu n’as pas écrit depuis longtemps. Je me trompe ? »
C’est vrai, mon amour. Je suis comme les jours de pluie du printemps. Je remets tout au lendemain.
Je procrastine. De biais. Plus facile qu’en ligne droite.
Pas d’obligation à justifier. Ni besoin de rompre avec l’incohérence. De sortir des lignes de désir pour mâtiner chaque lendemain avant le début de la journée.
Depuis quelques jours, je n’essaie même plus de descendre du plus haut de mes bas. Tout semble s’évaporer. Mes souvenirs sont probablement ceux qui partent en premiers. Mais encore là, je m’en fous. Ce que je veux, vivre maintenant.
Je procrastine. Je me sens bien. Je profite de l’instant.
Je me convaincs qu’à tout remettre au lendemain, je vivrai plus longtemps.
Les Suédois parlent de cécité du choix.
Et tu sais mon amour que l’humain a la capacité à justifier un faux choix avec aplomb. Notre cerveau préfère modifier sa préférence de départ plutôt que d’admettre une anomalie.
Tendance à la rationalisation.
« Tu me parlais ! Tu disais quoi ? »
Rien mon amour.

Que le bonheur soit avec toi !
« Les Japonais ne jurent que par l’ikigai.
Il achipélise ainsi leur pensée pour trouver un certain équilibre entre intérêts, désirs, limites et talents. Il fleuve cet art de vivre en restant actif tout au long de leur vie.
Vertébrer la vie pour mieux vieillir tout en restant jeune ».
Je ne sais plus comment il est arrivé à me parler de japonais et d’ikigai.
La chaleur ? Le cambouis sur les mains ? La réplique à mon juron ?
Est-ce le secret du bonheur ? répondis-je.
Pour la première fois depuis le début de notre conversation, conversation qui n’avait rien de stéréo, qu’il croque le silence.
Ses lèvres, déferlante dans cette soudaine mer de calme, restent fermées. Pas de vibrations. Vous savez, ces vibrations que nous font rebrousser nos erreurs.
Il hésite aussi. En micro tonal. Je ressens son état de flux.
Attend-il que j’aie fini de replacer la chaine sur son plateau ou simplement que ses phosphènes s’éteignent ?
Sa voix, maintenant plus douce, laissant croire à une prière, au petit catéchisme appris par cœur, marqua la fin de ma réparation.
« Faire preuve d’amour. Être vulnérable.
Valoriser les relations. Le faire tout au long de sa vie.
Éviter de les perdre.
Rester actif.
Créer des habitudes pour le bonheur. Japonais ou pas ».
Il enfourcha son vélo. Aligna le guidon vers l’abbaye. Appuya sur les pédales en s’assurant que la soutane ne s’enroule pas à nouveau dans la transmission et cria :
« Gracie ! Bambino.
Che la felicità sia con te » !


Une réponse à “Parler pour rien dire…”
C’est vrai que cela faisait un bout de temps. Il faut laisser
le temps à l’inspiration de venir!
C’est que j’aime bien ça quand tu écris.
Merci!
Susie