
Le marché public s’étend sur tout le quai entre la Nive et les cafés exposant leurs clients. Les étals bavent de produits frais et de Baiona. Mon amoureuse n’en a que pour les fraises, et moi pour le gâteau basque. J’ai presque vidé le plateau de dégustation et la réserve de bonté du marchand.
Après le récital des Baionan Kantuz, Solange, octogénaire de métier, demande mon bras pour se lever et traverser la Nive. Elle va, comme chaque samedi, chercher dans les maisons à arcade son chocolat rue du Pont-Neuf. Ce matin ce sera chez Daranatz et un peu de thé à la compagnie anglaise des thés.
« Tu sais que c’est à Bayonne que le chocolat est arrivé pour la première fois en France », me lance-t-elle.
D’Espagne, Poissonnerie, Orbe, de la Salie, du Poliri, Vieille Boucherie, toutes ces rues craquent la ville jusqu’aux flèches de la cathédrale.

Elles bercent les pans de bois des maisons, hautes, étroites et fleuries de balcons en fer forgé.
Chacune à sa couleur de volets et chacune son artisan. Rue Passemillon, l’horloger. Rue des Faures, le luthier. Il y a aussi cette artisane, seule comme ses compagnons devant son atelier, qui sourit à relier ses vieux livres rue des Prébendes
Rue Poissonnerie, tout à côté de la librairie de la Rue en Pente, l’histoire des artisans charcutiers se déguste à coup de jambon et de mendiant.
Il y a celui de Sébastien. Il le couvre d’un feuilleté et de sa médaille d’or. En avalant la dernière bouchée, je me rappelle cette phrase de Solange avant qu’elle n’entre chez Daranatz :
« La vie est courte, même quand on vit longtemps. »
Pourquoi ne pas en profiter ?

