Voyage au Pays basque – fin

Le cirque de Gavarnie

Ils sont pour la plupart deux par deux. On les remarque à leur silence et surtout, à leur façon de marcher. Cette façon de vouloir marcher au-dessus de l’horizon.

Ces randonneurs de Gavarnie peuvent voir le Cirque à l’horizon. Ils font deux pas, le Cirque s’éloigne de deux pas. Ils marchent dix pas de plus, et le Cirque se déplace de dix pas plus loin. Les randonneurs poursuivent leur marche avec le sentiment de ne jamais pouvoir l’atteindre. Assis sur le plateau de Bellevue, ils se disent tant mieux.

Ici, le spectaculaire joue plus fort que les cloches des brebis et des moutons. Pas de fanfare, de trapézistes, de clowns tristes ou d’animaux sur des fils de fer. Qu’une montagne. Un sentier de désir. Et les lignes courbes de Dieu sur lesquelles ils marchent à la file indienne.


San Sebastian

La Kontxa

Baie de la Concha (Kontxa)

Les Rangers de New York venaient tout juste de marquer un but lorsque je suis entré dans le bar. Deux fans espagnols, assis sur le bout de leur siège, regardaient le match présenté à la télé. Les quelques autres clients, tout aussi espagnols, regardaient ces fans s’énerver pour du hockey dans ce pays de foot, de pelote et de rugby.

Derrière le comptoir, Eduordo, dresseur de Pintxos, serveur de txakoli et, comme bien des habitants à San Sebastian, adorateur de la Kontxa. Baie où tout le monde va s’y échouer le matin et remonte vers les bars à tapas à marée haute.

Eduordo fut promu philosophe à la fin de ses études pour comprendre, à 40 ans, le sens de la vie et acheter le bar dans lequel il travaillait comme étudiant.

« Tu connais l’effet de halo ?  me dit-il.

« Ce biais cognitif qui pousse ton cerveau à laisser une seule impression, positive ou négative, influencer ta perception globale que l’on a d’une personne, d’un produit, d’une entreprise, d’un projet et même d’une ville.

Ici à San Sebastian, nous parlons plutôt de l’effet Kontxa. Il agit sur nous en nous donnant toujours une impression positive de la ville, des habitants et de la baie de Kontxa. Inconsciemment, cet effet prend même toutes tes décisions en donnant priorité à la mer et à l’humain. »

Il me sourit. Le même sourire qu’il a pour tous ses clients et me salue.

Je saute dans le premier bus qui mène vers la Kontxa pour me baigner, une dernière fois, de son halo.


Bordeaux

Comment dire !

Ça y est. Je me rappelle. Il n’y a rien à dire.

Il n’y a pas d’effet Bordeaux. 

Vous me direz que trop de bordeaux peut donner un effet, mais pas la ville. 

L’effet est meilleur à Saint-Émilion.


Vous venez de lire le dernier texte de la série Voyage au Pays basque.

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